• La musique de l'Inde

    Les origines :

    La musique classique indienne remonte aux temps Védiques, elle est reconnue d'origine divine.

    On repère la trace de la musique indienne classique dans les premiers textes sacrés de l’Inde, les Védas mis par écrit il y a 5000 ans, mais compte tenu de la tradition orale elle est beaucoup plus ancienne.

    Le dieu Brahma a créé l'univers par le son primordial Om et le langage dériverait du son du tambour. On peut dire de la tradition védique que c’est une théologie du son.

     

    OM, le son primordial

    Le tout premier élément à se manifester lors du processus créateur fut le son (nada). L’univers, où régnait auparavant un immense silence, se trouva parcouru par la vibration du son primordial, celui là même que l’on répète encore comme un mantra : le son OM. Le son est une énergie pure (prana) doublée d’une vibration (spanda) qui se propage dans toutes les directions à partir d’un point central.

    La musique accompagne les rites védiques (les pujas) depuis toujours. C’est elle qui donne la puissance à la parole rituelle. L’un des quatre textes fondateurs, le Samaveda, est consacré entièrement aux hymnes, aux rythmes et à la musique védique. Les hymnes védiques les plus anciens étaient chantés en utilisant uniquement trois notes.

    De nos jours sur les rives de Bénarès c’est le Samaveda que psalmodient encore les brahmanes (prêtres védiques).

     

    Bharata

     

    Le musicien doit se trouver en état de complet abandon lors d'une exécution en vue de se trouver en fusion avec le principe fondamental de l'Univers, qui est son musical.

    Il y a environ 2000 ans les Natya Shastra, écrits par Bharata, codifient les arts et la musique. À partir du  17ème siècle à cause des invasions musulmanes et de leur influence, la musique du Nord de l’Inde deviendra différente de celle du Sud de l’Inde.

     

    Natya Shastra

     

    La musique Hindousthani, la musique du Nord, accueillera des influences Perses. Elle est plus libre et permet au soliste de grandes improvisations.

    La musique Carnatique, la musique du Sud, paraîtra à l’oreille occidentale plus gaie. Elle est plus codifiée, permettant de donner des variantes d’un thème fixé suivi d’un solo plus court.

     

    La musique de l'Inde

     

    Les modes :

    La musique de l’Inde comporte de nombreux modes. Chacun est lié à une courte mélodie appelée raga. Cette mélodie est le centre d’une structure formelle à laquelle elle donne son nom (exemple : raga shivranjani). Chaque raga, s’appuie sur une tonique qui, quand il est interprété, est constamment maintenue en pédale (ou bourdon) par le tanpura. Le raga n’est pas simplement une échelle de notes : il traduit une humeur, un sentiment (la pensée indienne en dénombre neuf : érotique, comique, pathétique, héroïque, terrible, odieux, merveilleux, serein et furieux), une ambiance liée à une heure de la journée ou à une période de l’année : il y a des ragas du matin, d’autres du soir, d’autres de la mousson.... Il en existe des centaines, dérivant de 10 principaux en Inde du Nord et 72 principaux en Inde du Sud.

    Le raga se présente donc comme une brève cellule mélodique qui sert de thème principal à une pièce importante, généralement interprété par trois musiciens : le premier pour la mélodie, un second pour le bourdon et le troisième à la percussion.

    Il est important de noter que l’improvisation joue un grand rôle dans la musique indienne. Mais l’absence de partition ne signifie pas qu’on y joue n’importe quoi, car il y a des règles très strictes sur la manière d’improviser, et bien des musiciens apprennent par cœur des passages entiers de telles ou telles mélodies ou structures harmoniques. L’habileté du musicien à improviser sur un raga montre sa maîtrise et sa créativité.

     

    Ragas

     

    Concept central de toute la musique indienne, râga signifie littéralement "passion", "couleur" et "attachement".

    Lors de l'éxecution du raga (qui peut durer plusieurs dizaines de minutes voire plusieurs heures dans des cas exceptionnels, la durée courante étant comprise entre 30 et 40 minutes pour Puriya-Kalyan par exemple) on peut distinguer plusieurs étapes :

    L'Alap : Dans cette première partie on assiste à l'élaboration lente du raga dont les caractéristiques modales sont exposées et développées. Elle s'exécute sans percussions. Durant cette partie, le musicien "éveille" la tonique, l'alap est une introduction lente et cruciale sur laquelle se reposera tout le reste.

    Jod : Ici est introduite une pulsation rythmique de base. Le rythme s'accélère progressivement. Les ornementations se font de plus en plus savantes.

    Jhala : C'est le mouvement final de l'élaboration du raga. Les mouvements rythmiques sont très rapides, aboutissant au climax final et à sa dissolution, en général brutale.

     

    Les notes :

    La musique indienne s’appuie sur 7 notes qui correspondent aux 7 chakras (centres énergétiques du corps humain). Ces notes sont appelés svaras.

     

    Notes et chakras

     

    SA : Shadja (DO) Muladhara 1er chakra

    RI : Rishabha  (RE) Svadhisthana 2ème chakra

    GA : Gandhara (MI) Manipura 3ème chakra

    MA : Madhyama (FA) Anahata 4ème chakra

    PA : Panchama (SOL) Vishudha 5ème chakra

    DHA : Dhaivata (LA) Ajna 6ème chakra

    NI : Nishada (SI) Sahasrara 7ème chakra

     

    Ces sept notes correspondent à peu près aux sept degrés de l'échelle occidentale.  Comme dans l'échelle occidentale, des subdivisions entrainent l'apparition de notes supplémentaires utilisables par le musicien (ce sont les touches noires du piano par exemple). L'ensemble des notes jouables par le musicien (touches noires et blanches du piano) sont les swaras. Il s'agit de :

    SA RE RE GA GA MA MA' PA DHA DHA NI NI SA

    Les notes soulignées indiquent un bémol (diminution d'un demi-ton environ) et le MA' indique un dièse (élévation d'un demi-ton). Là où les choses se compliquent, c’est que les "notes" indiennes n’ont pas comme chez nous de hauteur fixe : il n’y a pas un la du diapason fixé à 440 Hertz. Dans la musique indienne, l’exécutant fixe lui-même la position du la et accorde son instrument à partir de cette note dont il a décidé de la fréquence. Ainsi, un la peut-il sonner comme n’importe quel degré de notre échelle occidentale.

    Selon le raga joué et le caractère qu’il doit développer, les intervalles entre les notes ne sont pas toujours les mêmes, y compris pour un même mode : un ton ou un demi-ton peuvent être légèrement plus grands ou plus petits. Ces légères inflexions sont tenues par les spécialistes comme le cœur et le principe fondamental de l’exécution des ragas. Il est donc hors de question de jouer de la musique indienne sur nos instruments à clavier puisque la division rigoureusement chromatique de notre "clavier bien tempéré" est une aberration pour le musicien indien.

     

    Le rythme :

     

    Partition tabla

     

    Le rythme ajoute à la complexité de la musique indienne : c’est sans doute le plus savant du monde. Les rythmes sont à 16, 14, 12, 10, 8, 7 ou 6 temps pour les plus courants. À l’intérieur de chaque temps, des subdivisions et des contretemps permettent des arabesques d’une extrême subtilité. Alors qu’en Occident le rythme est fixé par une mesure binaire ou ternaire qui définit une pulsation régulière, en Inde il s’agit plutôt de cycles : les tâlas. Ces cycles, qui comportent jusqu’à 108 battements, le percussionniste doit les apprendre par cœur pour les utiliser à bon escient selon le raga exécuté, et pour suivre les improvisations du soliste.

     

    La musique de l'Inde

     

    Les principaux instruments

     

    Sitar

    Le sitar : Le sitar est constitué d'une caisse de résonance en calebasse et d'un long manche creux en bois évidé, muni d'une vingtaine de frettes en métal courbées et amovibles. Sur la table d'harmonie, deux chevalets plats tirent parti de la vibration des cordes pour faire naître une sorte de grésillement harmonique et créer un son lumineux tout à fait caractéristique.

    Les cordes se répartissent en trois groupes. Celles qui servent la mélodie sont jouées à l'aide d'un onglet fixé sur l'index de la main droite, tandis que les doigts de la main gauche les tirent sur l'une ou l'autre des frettes, reproduisant ainsi les intonations de la voix humaine.

    Deux à trois autres cordes, les chikari, servent de bourdon rythmique et sont régulièrement frottées par le petit doigt de l'instrumentiste. Enfin celles qu'on dit "sympathiques", au nombre de douze à vingt, ne sont pas jouées avec les doigts, mais vibrent et amplifient les notes pincées.

     

    Vidéo : Ravi et Anoushka Shankar

     

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    La vina :

     

    Vina

    La vina est le plus ancien   instrument classique de la musique indienne (VIe siècle). C'est un des principaux instruments mentionnés par la littérature védique. Sa famille a comporté de nombreuse déclinaisons, décrites dans les traités de musique. La mythologie hindoue la donne comme une invention de Shiva, inspiré par les formes de son épouse Parvati.

    La plus répandue est aujourd'hui la vina de Saraswathi qui adopte sa forme actuelle au XVIIe siècle. Instrument de prédilection des femmes; elle est comme un gros luth  d'environ 1,50 m de long, à manche long évidé muni d'une calebasse. Il comporte alors une grosse caisse de résonance (kudam). Il a en général 24 frettes collées à la cire d'abeille, et sept cordes métalliques. Quatre sont principales (assujetties aux frettes), trois3 sont libres, jouées ensemble rythmiquement par le petit doigt de la main droite, et assurent le bourdon. Elle couvre un ambitus de quatre octaves et demie. On ne la joue pas posée devant soi, on la tient comme un luth, en tenant le manche dans la main droite, le kudam posé sur la cuisse.

     

    Vidéo : Jayanthi Kumaresh (Sarasvati vina)

     

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    Le tanpura :

     

    Tanpura

    Le tanpura est un instrument à cordes de type luth, jouée en pinçant les cordes à vide.  Il dispose de quatre à six cordes. Le joueur égrène (généralement) en continu la note tonique et la quinte du mode relatif au raga joué. Le tanpura génère également des harmoniques consécutives au bourdon obtenu (accord de base).

    Il sert d’étalon mélodique pour le chant et les instruments, permettant aux musiciens de naviguer de façon juste et précise, dans l’univers micro-tonal spécifique de la musique classique Indienne.

    Le tanpura, bourdon omniprésent dans la musique indienne, égrène le silence et soutient nos voix, nos instruments. Il nous donne la note fondamentale, le Sa, d'où la musique se déploie en harmonie et revient au cœur d'elle-même, au cœur du Silence.

     

    Vidéo : Démonstration de tanpura

     

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    Bansuri (flûte traversière) :

     

    Bansuri

     

    Le bansuri est la grande flûte traversière indienne classique et est probablement le plus ancien instrument de musique de l'Inde du nord. La taille de la flute correspond à la gamme de notes.

    Il est fait de bambou et consiste en une portion de 70 cm de long et 4 cm de diamètre, creusée de trous et bouchée à une extrémité. C'est la flûte favorite de la musique classique car son embouchure permet un excellent contrôle du son. Son registre couvre deux octaves à deux octaves et demie.

    Son équivalent au sud est le venu ou vamsa, qui est un peu plus petit. On le nomme aussi de son ancien nom kulal, mullaikulal, ou kuzhal (qui désigne aussi une flûte de pan pastorale).

    La flûte populaire, droite et à bec ou traversière, plus petite, est appelée murali. C'est un instrument qui joue un rôle particulier en Inde, car il est fortement associé au dieu Krishna.

     

    Vidéo : Manose et ses amis - Twameva

     

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    Le tabla :

     

    Tablas

     

    Le tabla est un instrument de musique à percussion. On dit qu'il serait né de la colère d'un musicien qui aurait jeté son mridangam par terre et l'aurait brisé en deux : l'instrument fonctionnait toujours et donna naissance au tabla.

    Le tabla se compose de deux fûts, un petit tambour mâle, le dâyan ou dahina et une timbale femelle, le bayan ou baya, accordé le plus souvent à la quinte grave (en fonction de la tonalité et du raga, ce peut être à la quarte ou à l'octave).

    Le dayan est un petit tonneau de 15 cm de diamètre et 25 cm de haut, taillé dans un tronc de thun, de teck ou de pallissandre, mais seule une petite partie est excavée. Il importe de garder un fond lourd pour assurer stabilité et résonance vibratoire. Une première peau de chèvre y est posée sur la bouche, sur laquelle une autre est liée par un tissage en cuir de chameau, puis coupée en son centre.

    Le bayan (30 cm de diamètre pour 25 cm de haut) est une timbale en terre cuite ou en cuivre (ou laiton), recouverte elle aussi du même dispositif complexe de peaux et pastille, mais cette dernière est décalé du centre.

    Les lanières sont fréquemment des cordelettes avec des anneaux et plus rarement des petites cales de bois (guti) pour les accorder. Il faut aussi un marteau pour accorder l'instrument (opération délicate là aussi).

     

    Vidéo : Tabla avec Satish Kumar

     

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    Le mridangam :

     

    Mridangam

    Vieux de 2000 ans, c'est l'ancêtre des  membranophones, joué comme instrument d'accompagnement rythmique principal de la danse classique bharata natyam et des chants religieux kâlaksêpam, du sud de l'Inde. Au XIXe siècle, il a été intégré au concert de la musique carnatique. Son nom provient de mrid, "terre" et ang, "corps", ce qui indique qu'il était probablement jadis fabriqué en terre cuite (ou qu'on y appliquait de l'argile pour l'accorder).

    Aujourd'hui, il est fait en bois jaune du jaquier, d'une seule pièce oblongue de 52 à 62 cm de long et à peu près 21 à 25 cm de diamètre.

    Le mridangam serait à l'origine du langage des hommes. En effet, chacune des 14 à 22 frappes du mridangam correspond à une onomatopée (solkattu). La première leçon est "Tha - Dhi - Tom - Nam". Ce langage est universellement appris par les instrumentistes.

     

    Vidéo : Sumesh Narayanan - Mrudangam Solo

     

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